jeudi 20 août 2015

Monkey minding: it's aaaallll good/ un singe dans la tête: keep cool

Aujourd'hui, comme tous les jours ou presque quand je suis à la maison, je me suis assise sur mon coussin de méditation marron, lui-même posé sur le tapis de yoga rose, pour un moment de méditation (12 minutes - je recommande l'App I-Qi).


Le lieu du crime. Au soleil, toujours

Or doncques, la méditation (version moderne, occidentalisée et a-religieuse: mindfulness) c'est une pratique d'immobilité et d'observation, soit du monde extérieur (bruits, odeurs, mouvements), soit du monde intérieur (sensations physiques, body scan par exemple), soit du monde intérieur intérieur (pensées, souvenirs, projections, flips et autres soubresauts du cortex).
Rappelons que l'intention n'est pas, comme trop de gens le pensent, de ne pas avoir de pensées. Ca c'est la version hard core de la pratique, l'apnée du cerveau; très peu pour moi, éternelle débutante. Non, l'intention, c'est l'attention portée et gardée sur ce à quoi on a décidé d'être présent pendant un temps donné, c'est tout.

Vous décrire ces 12 minutes tient du challenge. Je vais quand même essayer, avec en arrière-pensée la question amusante et légèrement inquiète de certains amis qui savent que je m'astreins quotidiennement à cet exercice depuis quelques années: "Et tu fais des progrès? "...

Donc ce matin, armée des meilleurs intentions du monde, j'ai observé mon singe privé passer par le dernier message Facebook envoyé à un ami et qu'il pourrait avoir mal interprété (Facebook, je te hais, Facebook, je t'adore), la bombe à Bangkok, les recherches à faire pour le petit zoo qu'on ira peut-être voir cet après-midi avec les kids, l'idée germinante de ce post, et la question qui suit, vais-je écrire le post au lieu de travailler, l'angoisse de constater que si je n'écris pas dans la foulée ce post n'a aucune chance de voir le jour, l'aiguillon du doute mais de toute façon franchement qui se soucie de ce post, retour à mes problèmes de nounou introuvable encore, exploration brève côté bruits de la rue, prière express pour mon voisin juste diagnostiqué d'un cancer a priori soignable, intention non suivie d'action de ressortir mes carnets d'introspection constructive car aujourd'hui il y a du lourd, évocation de ma copine allemande qui en est à sa troisième carte postale sans réponse de ma part, passage en revue du nombre d'emails étoilés dans mon inbox, angoisse que ma fille de 9 ans devienne anorexique vue la réflexion bizarre qu'elle m'a faite au petit déjeuner, félicitation intérieure pour avoir réagi posément à ladite réflexion, remords de dépenser trop d'argent, impatience que les 12 minutes soient écoulées, pensée pour une Amie, toujours, sentiment fugace d'insécurité, et si le Big One était pour maintenant, comment je me lèverais alors que j'ai toujours de terribles fourmis dans les jambes après ma méditation, temptation irrésistible de saisir l'Iphone et de regarder le nombre de minutes qu'il me reste, ohalala 49 secondes, décision éclair d'en faire le max, là, maintenant,


et plongée volontaire, délicieuse, successful, à l'intérieur de mon moi,
ressenti d'un ascenseur tubulaire (allez savoir pourquoi tubulaire) qui s'enfonce dans le noir, un noir non anxiogène,
arrivée à un endroit où enfin, je me réhabite, je me repossède, je me reconnais. Gratitude. Et gong.
Tentation de dévoyer "Amen".

***


PS: l'insight dans l'insight d'aujourd'hui: j'aime les répétitions, les reformulations (comme là, par exemple, juste là vous voyez), je ne peux pas m'en empêcher en fait. J'aime les listes, les juxtapositions, les points de suspension... Je dois redoubler, mettre double voire triple dose. Même en travaillant, c'est mon mode par défaut. Alors que l'un des conseils de base de toute formation de coach est de ne pas reformuler nos questions, de laisser le client se décarcasser avec le premier jet, même s'il est bancal, boiteux, maladroit, abscons (et toc), je ne peux juste pas, j'en rajoute toujours une petite couche. Je pose toujours deux questions, enchâssées. Aujourd'hui je me dis que peut-être je devrais juste accepter cet état de fait et passer à un autre marmonnage intérieur? Ca donnera un coup de jeune à ma méditation de demain...

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