vendredi 22 novembre 2013

Miracles

Aujourd'hui, c'est décidé, dans mon carnet sans spirales, à l'encre non sympathique, je vais commencer une nouvelle liste.

J'en ai déjà commencé pas mal, des listes, celle des prénoms des gens que je rencontre et donc je ne veux pas oublier le prénom, celle de mes blessings, celle des choses que je fais bien, celle des choses que mes enfants font bien...  
Souvent je demande à mes clients de constituer des listes, des joy lists, des I did lists, des I read lists etc... 
C'est une manière de rassembler l'épars, de précipiter le diffus, de le fixer, de le faire exister pour de bon, consolidé. Cela permet de prendre conscience quantitativement d'abord, puis qualitativement, de la présence d'une donnée dans sa vie, qu'on aurait peut être traitée comme portion congrue autrement. 

Il n'est nul besoin de clore ces listes-là; ce sont des works in progress qui peuvent nous accompagner, au long cours, on and off.


Donc, ça y est, depuis le temps que j'y pense sans oser vraiment me lancer, 
je commence une liste des miracles qui se passent dans ma vie.
Rooooo, cheeezzzzyyyyy la fiiiille. 
Nan. 
Juste réaliste. J'en ai marre de laisser filer ces petites perles comme si elles allaient de soi. 
Vous voulez du cheezy? ok. Je peux en mettre tout en haut de ma liste.

Miracle 1: être en vie
Miracle 2: avoir pu la donner
...
...
Tout le monde sait que le gruyère fondu, c'est bon, ne nous en privons pas.

Mais plus subtil, plus caché, de ceux qui donnent la chair de poule... Z'en voulez? ok.

Miracle du mois de juillet 2013: je retrouve dans la queue devant le consulat des USA sur les Champs Elysée à Paris, juste derrière moi, vraiment juste derrière moi, une amie, une vraie, pas vue depuis 4 ans. On se tombe dans les bras l'une de l'autre. On découvre que notre dernier échange de mails, datant de plus de deux ans auparavant, était passé à l'as, une adresse email périmée avait suffi à nous induire en erreur toutes les deux, et nous avons chacune pensé que l'autre laissait tomber. Comment s'en vouloir, nous avons des vies si différentes, pas de gens en commun, une distance hallucinante entre nous... Résignation tristounette. Débile. Don't give up, comme dirait l'autre. Bref, elle habite sur la côte est, et vient tous les 3 mois à San Francisco pour le boulot... Elle dort chez moi la semaine prochaine;)))) Sans dec!!!

Miracle du 11 novembre 2013: j'écris un email à un copain que je savais de passage ici à peu près à cette époque pour l'inviter chez nous le samedi suivant pour une grosse bouffe franchouillarde. 15 minutes plus tard, je saisis compulsivement mon Iphone comme si souvent, et j'y découvre un texto dudit copain, envoyé littéralement en même temps que mon email, demandant jesuisarrivéquandestcequonsevoit?? 

Miracle du 12 novembre 2013: j'écris à ma zinecou chérie pour son anniversaire le 11 novembre, me confondant en plates excuses pour ce jour de retard. Elle me répond dans la foulée que c'est trop sympa d'y penser, c'est son anniversaire le 12 novembre. 

Miracle du 18 novembre 2013 (ie hier; grosse fréquence en ce moment, d'où décision de passer à l'action pour la liste): tombée par hasard, dans le désordre innommable de la table de nuit de mon mari sur un CD Verlaine et Rimbaud chantés par Ferré, je m'octroie le luxe inouï d'écouter ce CD juste après avoir déposé les enfants à l'école, laissant cruellement Henri Dès rejoindre Petit Papa Noël et Frère Jacques dans les entrailles elles aussi innommablement bordéliques de la voiture. Mais comme si souvent, au lieu de profiter de ce premier miracle, du moment présent, à moi, rien qu'à moi, c'est MA musique aujourd'hui, na, eh bien je me mets à faire mes interminables to do lists mentales, ne prêtant qu'une oreille distraite à Paul, Arthur et Léo. Que c'est beau, quand même. Désuet, mais beau. Quelle langue que le français, quand même. Tout à coup, j'ai été sortie de mon absence préoccupée par un buffet. Un air de déjà vu, de déjà entendu, de connu, d'intime même, un truc vague qui s'est imposé comme très important, une urgence de savoir ce qui se réveillait, là, en écoutant la onzième chanson de l'album, le sonnet Le buffet, de Rimbaud. Les griffons du vers 8.

On m'a donné ce sonnet à apprendre, en primaire, je dirais CM1. Damned, il y a 28 ans... J'avais un cahier de poésies et on devait les illustrer. J'ai appris le sens du mot griffon ce jour-là et j'en ai dessiné un en face du poème. Je le vois encore. Je dessinais et je dessine toujours comme un pied. 

Voilà mon dernier miracle en date, miracle de la mémoire, de l'émotion esthétique, de l'apprentissage.

Bon sang, j'ai le palpitant qui s'excite. Je sens que je vais adorer cette liste.

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Et vous, quels miracles au compteur depuis cet été?? racontez! en commentaire;)

Le texte du Buffet, d'Arthur Rimbaud, c'est ici




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